« Une tradition fort ancienne attribue à Barbe Bleue [Gilles de Rais] la construction de l’aqueduc de la Fontaine Bonnet. Une jolie fille du bourg d’Arthon lui ayant dit qu’elle pourrait l’aimer, quand il aurait amené dans le bourg les eaux de la Fontaine Bonnet, Barbe Bleue fit faire l’aqueduc en une nuit » [Bizeul L.-J.-M. – De Rezay et du Pays de Retz (suite). Revue des Provinces de l’Ouest, 4e année, 1856, p. 586-605].

Plan de l’aqueduc d’Arthon-en-Retz sur fond altimétrique et hydrographique (Réal. M. Monteil)L’aqueduc gallo-romain d’Arthon-en-Retz est connu depuis les années 1840 : à partir de sa prise d’eau, longtemps située à la Fontaine Bonnet, au nord du village de La Poitevinière, il suit un parcours globalement nord-sud qui aboutit, au niveau de l’église actuelle du bourg, à un ensemble de constructions antiques intégrant des thermes fouillés dans les années 1960. Cet aqueduc a fait l’objet de plusieurs études et fouilles, les dernières en date ayant été réalisées en 1995-1996 à l’occasion de la déviation de la route départementale 751 Nantes-Pornic.

En 2009, une nouvelle enquête, coordonnée par Martial Monteil et Jimmy Mouchard (archéologues, Université de Nantes), a été mise en œuvre avec pour objectifs principaux le relevé précis des portions encore visibles de l’aqueduc et la réalisation d’une prospection pédestre destinée à mieux cerner l’emprise du site auquel il aboutit. L’essentiel des travaux se sont déroulés durant les vacances de la Toussaint 2009, dans le cadre d’un stage de formation destiné aux étudiants en archéologie de l’Université de Nantes.

La question de la prise d’eau alimentant l’aqueduc n’a pu être résolue. Les écrits qui désignent régulièrement la Fontaine Bonnet comme origine, la découverte plus au nord de débris provenant vraisemblablement de l’aqueduc et l’existence, à cet emplacement, d’un vallon susceptible d’avoir été traversé par un petit cours d’eau plaident cependant en faveur d’un point de départ quelque part dans cette zone. Dans cette perspective, deux choix ont pu être envisagés par les constructeurs : une prise d’eau dans une source ou le captage, après barrage, d’un cours d’eau circulant au fond du vallon. En règle générale, la préférence dans l’Antiquité va majoritairement au premier cas de figure (débit plus stable, moins de dépôts, etc.).

En direction du bourg d’Arthon-en-Retz, le relevé des vestiges visibles, cumulé avec les données issues des recherches antérieures, permet désormais d’estimer la longueur totale de l’aqueduc à 3,150 km, à quelques dizaines de mètres près. Il suit un tracé qui joue avec les courbes de niveau et se caractérise par trois modes de construction, classiques dans le monde romain. Depuis le nord, le canal (specus en latin) est tout d’abord supporté par un mur bahut (ou mur de soutènement), large en moyenne de 0,95 m et dont de belles portions sont conservées aux abords de La Poitevinière. Il reposait ensuite sur des arcades successives, dont seules subsistent les bases (20 ont été retrouvées sur les 74 reconnus au XIXe s.) : ce système a été imposé par le franchissement d’une dépression qui ne permettait plus de recourir à un simple mur de soutènement. Enfin, pour franchir cette fois une petite colline, c’est un système souterrain qui a été choisi en installant le conduit au fond d’une tranchée.

Profil anciennement restitué de l’aqueduc (G. du Plessix, 1925)Le principe général est en fait de maintenir une pente régulière de manière à ce que l’eau puisse circuler sans difficulté depuis le point de départ jusqu’au point d’arrivée : un premier calcul permet de considérer que la pente était sans doute relativement faible, avec un dénivelé de 0,78 m seulement entre l’amont et l’aval. De même, une nouvelle estimation du débit maximum a été proposée, sur la base d’un conduit de forme légèrement trapézoïdale (0,16 x 0,18 x 0,20 m) : ce qui donne un volume moyen de 2064 m3/jour qui permettait largement de subvenir aux besoins en eau des thermes, mais aussi à la consommation en eau potable et, peut-être, à l’irrigation des jardins du domaine. La reprise de la documentation liée au point d’arrivée de l’ouvrage, complétée par les prospections, permet en effet de supposer que cet aqueduc était en lien avec une villa (un domaine rural combinant bâtiments à usage résidentiel et espaces liés à la production agricole) plutôt qu’avec une agglomération : mais cette hypothèse reste à confirmer.

L’enquête sera poursuivie en 2010 : elle visera à poursuivre la prospection pédestre aux abords du site antique, à tenter de retrouver la prise d’eau en utilisant la prospection électrique et, enfin, à réaliser trois petits sondages archéologiques pour préciser les modes de construction de l’aqueduc. En parallèle, une discussion a été engagée avec la municipalité pour réfléchir à un projet de mise en valeur de cet élément du patrimoine qui n’a pas d’autre équivalent aussi bien conservé à l’échelle des Pays de la Loire.

Album photos 

Dépliant réalisé suite à la campagne de fouilles de 2010

Dépliant réalisé suite à la campagne de sondages 2017

 

crédit photo de l’article : framboise-pornic.eklablog.com